Le mois d’août débute seulement et avec lui les dégâts de ces chaleurs estivales. La montagne s’assèche, les glaciers grisonnent tels de vieux géants essoufflés, vestiges d’un climat passé. Le reg de la montagne dévoile des fantômes de cours d’eau et de vasques. Nous sommes les témoins inertes du changement de ces espaces magnifiques.
Le refuge abrite nos constats désarmants mais aussi notre joie de retrouver un essentiel à vivre avec peu de ressources, un quotidien rythmé par les mêmes activités, de nouvelles rencontres tous les jours, notre sensibilité et sensibilisation à cette montagne qui nous accueille le temps d’un été. Alors, avec notre petite équipe, nos poules et notre chat, nous vivons de petits instants de bonheurs partagés et chérissons cette vie là-haut et un présent vivant.
C’est partie pour un tour d’horizon des conditions autour du refuge.
Alpinisme

Côté Dôme des Glaciers, ce sont deux crevasses sous le sommet qui signent le début de la fin de la saison sur le glacier. Fracture spatiale entre le monde d’en bas et le monde d’en haut. Un pont de neige filiforme (voir photo) permet à ce jour de traverser la première crevasse, alors que sa consoeur nécessite de descendre dans ses profondeurs, prendre pied sur un bloc de glace et remonter sa lèvre sur 1m50. Ça devient technique la rando glaciaire.

L’arête des Lanchettes est donc l’alternative rocheuse pour monter maintenant au Dôme. Le rocher est bon, ça crapahute gentiment, c’est jamais difficile. Depuis le col des Glaciers, elle offre une option sécurisante, moyennant un aller-retour avec panorama à bâbord sur le bassin de Tré la Tête, les Dômes de Miages et le Mont Blanc. Le col des Glaciers a été ré-équipé avec deux relais flambants neufs pour deux rappels de 25m.

La Petite Aiguille a été parcourue ce week-end. La trace utilise la partie encore praticable du glacier, ça sillonne entre les crevasses ou sur les ponts de neige. Pour les super-fans de glacier, c’est une belle course avec une vue magnifique sur le Val Veny et la face sud du Mont Blanc, plus méconnue mais majestueuse.

Côté Mont Tondu, l’accès au col du Mont Tondu se fait sans embûches. C’est sec, sans surprises. Les cordes fixes au départ sont en bon état puis les câbles prennent le relais, mais attention aux gendarmes pour vos petites patounes toutes douces. Le glacier du Mont Tondu, quant à lui réserve des surprises. Une personne est tombée dans une crevasse (si, si, il reste des crevasses au Mont Tondu) et une personne a également dit bonjour à la rimaye. Rien de grave, mais méfiez-vous de l’eau glacée qui dort. À la sortie du glacier, un couloir d’accès permet de prendre pied sur l’arête. Une corde fixe a été installée dans un dédale délité. Bref, la traversée par le glacier est plus compliquée qu’elle n’y paraît…

L’arête Est, une fois de plus est l’alternative « safe » pour le Mont Tondu. Pas besoin de crampons, de piolets ou de grosses, seulement un brin de corde et votre plus beau sourire. Deux spits ont également été équipés dans le passage clé (entendez une cotation II+). Virée alpine, sans grandes difficultés mais offrant une ascension scénique et euphorique.

Zucchero a attiré les foules cet été ! C’est une superbe voie d’escalade de 14 longueurs, jamais difficile (5c max, 5a obligatoire). On remonte la belle face Est dans une ambiance montagne mais superbement équipée. C’est notre balade 5 étoiles de l’été que nous recommandons, sans hésitations ! Attention, selon le regel du matin, n’hésitez pas à prendre vos cramponnettes ou un petit piolet pour l’accès au pied de la paroi.

Randonnée 

Côté randonnée et variantes du Tour du Mont Blanc, les conditions sont idéales : il fait beau, il n’y a plus de neige.

Le col d’Enclave et le col de la Grande Ecaille sont parcourus presque tous les jours. La sente est maintenant tracée dans le schiste grâce aux nombreux passages. Attention toutefois, il s’agit d’itinéraires techniques réservés aux randonneurs aguerris et qui sont à l’aise sur ce genre de terrain.

Le col des Fours et le col des Bouquetins sont aussi parcourus régulièrement. C’est une variante sauvage et magnifique, tout en balcon au dessus de la Vallée des Glaciers.

Pour aller au col de la Seigne, les passerelles sont cassées à cause des intempéries hivernales. C’est moyennant quelques grands pas au dessus des torrents glaciaires ou les pieds dans l’eau, que vous arriverez à poursuivre votre randonnée. Le temps panneau du refuge indique 2h15, comptez bien 2h15. Ce n’est pas un sentier très roulant mais c’est une belle balade contemplative et immersive au pied des glaciers qui vous attend.

Petite anecdote, cette année l’équipe du refuge se lance dans un segment Strava : descente par la moraine, bifurcation au panneau du replat et remontée par les rochers rouges : 21mn. À vos cuissots !